14/01/2017

mon avis sur...

____________________________________________________

L'OUBLI
de Frederika Amalia Finkelstein
aux éditions folio
____________________________________________________







« Je m'appelle Alma et je n'ai pas connu la guerre. J'ai grandi en écoutant Daft Punk, en buvant du Coca-Cola et en jouant à des jeux vidéo sur la Playstation 2. Un jour, j'ai appris que mon grand-père avait fui la Pologne quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, avant la Shoah. Ce mot m'a longtemps agacée : son côté spectaculaire. Mais vendredi soir, quand je me suis retrouvée face à la petite-fille d'Adolf Eichmann et qu'elle n'arrivait pas à se remémorer le nom du camp d'Auschwitz, j'ai ressenti comme une douleur – elle a duré quelques secondes. Je me suis rappelé l'exergue de Si c'est un homme de Primo Levi : "N'oubliez pas que cela fut, non, ne l'oubliez pas" ; je crois que je veux faire exactement le contraire. Oublier tout. »





Ce roman est pour moi une grande surprise, je ne m’attendais tout simplement pas à ce que ce livre me touche autant, trouve, avec tant de facilité, le chemin vers mon coeur. L’auteure arrive à mettre des mots sur nos contradictions, nos aspirations et nos hantises. Ayant la vingtaine comme cette jeune auteure, j’ai eu l’impression qu’elle me comprenait parfaitement : elle a mis des mots sur le chaos d’une génération prise en étau entre un passé inhumain et un futur incertain. C’est un livre, c’est un miroir, les deux à la fois.

Le style d’écriture est assez concis, rigoureux : l’auteur fait l’autopsie de ses émotions de manière très rigoureuse. Ses mots, parfois d’une froideur implacable, sont utilisés comme un scalpel sur notre âme analysée et malmenée sans aucune pitié. Mais, malgré ce style très mécanique, l’émotion perce, et à travers des phrases courtes et simples, on ressent tout le bouillonnement, tout le chaos intérieur qu’elle ressent, que nous ressentons. 

On ressent dans ce livre tout le poids de l’Histoire, de cette Hisotire qui a tué six millions de juifs, de notre histoire à tout un chacun. Peut-on écrire après la Shoah ? Les années ont passé, oui, mais, est-ce-que cela change quelque chose ? La Shoah reste là, avec son sourire torve, à nous narguer par son horreur même. 

Le philosophe Adorno avait évoqué cette impossibilité d’écrire après la Shoah: « Auschwitz a prouvé de façon irréfutable l’échec de la culture », « Toute culture consécutive à Auschwitz, y compris sa critique urgente, n’est qu’un tas d’ordures ».

L’auteure pose ici, sans le dire explicitement, la même question qu’Adorno. Peut-on écrire après la Shoah ? Comment vivre après la Shoah ? Ne serait-il pas plus facile d’oublier ? Pourquoi nous perdons-nous dans les jeux-vidéos, dans les télé-réalités, dans la sur-consommation ? Peut-^tre car nous ne sommes pas capable d'affronter notre propre reflet ? Voilà ce que se demande la narratrice, Alma.

Le sujet est lourd, le style particulier, avec ce livre, c’est un peu le quitte ou double. Mais il faut le tenter!

19 commentaires:

  1. Ce livre à l'air profond et poignant, merci pour la découverte ! :)

    RépondreSupprimer
  2. Contente que tu ais passé un bon moment et que tu ais été touché par l'histoire. C'est un sujet très intéressant

    RépondreSupprimer
  3. Après avoir lu ta chronique, je ne peux qu'être tentée!

    RépondreSupprimer
  4. Waouh ça a l'air plutôt intense comme lecture ! Je note.
    Dans un thème un peu similaire i y a "Sobibor" de Jean Molla (rayon jeunesse), l'histoire d'une jeune fille anorexique qui se rend compte qu'elle est hantée par le passé de sa famille. Ces livres nous montrent bien l'impact de l'histoire familiale (et de l'Histoire tout court) sur notre vie actuelle. En tout cas merci pour la découverte !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je note moi aussi, je pense qu'il pourrait me plaire :D

      Supprimer
  5. Je ne connaissais pas du tout ce roman mais je pense que ça pourrait être quitte pour moi! Je note :))

    RépondreSupprimer
  6. Je n'aime pas trop les livres abordant la seconde guerre mondiale mais celui là à l'air vraiment intéressant. Il se positionne plus de notre point de vue à nous les jeunes et ça peut êtree vraiment intéressant à lire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. il change vraiment de ce que l'on a l'habitude de lire :)

      Supprimer
  7. Je ne connaissais pas, mais tu me rend curieuse. Le sujet n'est pas facile, mais le résumé et ton avis m'interpellent. J'aimerais bien le découvrir.

    RépondreSupprimer
  8. Oh tu me donnes vraiment envie de le lire, je suis curieuse de voir ce qu'il renferme !

    RépondreSupprimer
  9. Je ne connaissais pas du tout. Cela peut se révéler intéressant, en effet. Le sujet de la Seconde guerre mondiale m'intéresse énormément ! De ce fait, je le note dans un coin de ma tête pour peut-être bien le découvrir un jour.

    RépondreSupprimer
  10. « Auschwitz a prouvé de façon irréfutable l’échec de la culture », « Toute culture consécutive à Auschwitz, y compris sa critique urgente, n’est qu’un tas d’ordures ». Quelle citation percutante et qui résume parfaitement bien les choses. Je ne connaissais pas du tout ce roman et j'ai vraiment envie de le lire maintenant. Il soulève des questionnements qui me parlent beaucoup. Merci pour cette découverte (et cette belle chronique).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. je trouve aussi que cette citation résume tout...
      j'espère vraiment que ce livre te touchera autant qu'il m'a touché!
      Merci beaucoup en tout cas :)

      Supprimer
  11. Ta chronique me donne très envie de lire ce roman. Je ne le connaissais pas et il ne me fait pas vraiment pas partie des genres que je lis en général. Pour autant, il a l'air percutant et traite d'un sujet que personne ne doit oublier, effectivement. Bref, je vais le noter et le lirai certainement un jour. Merci pour la découverte.

    RépondreSupprimer
  12. Déjà la couv intrigue mas en lisant ton avis je dois avouer que je suis très curieuse de lire cet ouvrage. je prends note pour une future lecture!

    RépondreSupprimer